Les illustrations et les exemples

Lecture traduction : au présent du présent

Le deuxième matin d’une formation à la résolution émotionnelle, le groupe était chargé de fortes résistances. Ce phénomène est classique dans les formations à effet thérapeutiques. Il est communément analysé comme l’écho de peurs anciennes profondément ancrées. Tout à fait légitimes, ces peurs n’en bloquaient pas moins le groupe dans sa progression. Or la résolution émotionnelle nécessite d’apprivoiser le mental qui gère notre vie en s’appuyant sur le passé, et de s’installer quelques instants dans le présent, le temps du corps. Le groupe n’était alors pas en mesure de prendre ce risque du présent.

Il se trouve que ce jour-là, l’institution catholique romaine proposait à la lecture les versets 17 à 21 du chapitre 5 de La deuxième lettre aux Corinthiens de Paul (texte ci-dessous dans l’encadré), cet homme dont on dit qu’il persécutait les disciples de Jésus – tout comme nos peurs nous persécutent.

L’histoire raconte qu’il était en route pour diriger une rafle parmi ces nouveaux chrétiens – comme nos projets mentaux fondés sur des croyances tuent trop souvent notre intuition instantanée, notre créativité, notre liberté et notre joie. Il est écrit que Paul est soudain précipité par terre – événement corporel dans le présent. Il est aveuglé par une vive lumière – sensation et perception corporelles dans le présent.

Et il dit lui-même qu’il s’est alors abandonné – acte dans le présent du moment, il a laissé faire, cessé le contrôle. Il est encore écrit qu’il a alors pu reprendre son chemin – il n’est pas mort de s’être abandonné au présent à vivre dans son corps, bien au contraire. Il a pris un chemin tout différent. En effet, quand il s’est relevé, il était libre de ses humeurs et de ses croyances – humeurs et croyances issues de son passé. Il était libéré de sa haine du changement et de ses projets de violence. Sans aucune connaissance apprise ou comprise intellectuellement, et sans peur, voici qu’il se met à prêcher la bonne nouvelle de l’incarnation : vivre, s’intéresser à ici et maintenant est, de fait, incarnant, vivifiant, pacifiant, créatif, prophétique.

Ce matin-là, avec de groupe bloqué, sans préméditation ni projet, j’ai lu ce texte à ce groupe pas spécifiquement « croyant », et pour le moment coincé dans ses peurs anciennes, autrement dit dans ses croyances. Je l’ai lu selon la technique qui après quelques expérimentations pensées est désormais la technique traduction de l’approche La Parole est dans ton corps, S’écouter pour écouter le sacré. 

  • Cette technique que nous expérimentons en ateliers et sessions, déconnecte momentanément notre mental du sens du texte pour nous centrer sur ce que nous sommes à ce moment précis.
  • Ainsi elle donne accès à l’écho que le texte nous offre personnellement pour ce jour.
  • Du fait même qu’elle débranche le mental, elle est accessible à toutes et tous même les plus timides. 

Texte littéral

« Si donc quelqu’un est dans le Christ,

il est une créature nouvelle.

Le monde ancien s’en est allé,

un monde nouveau est déjà né.

Tout cela vient de Dieu :

Il nous a réconciliés avec lui par le Christ,

et il nous a donné le ministère de la réconciliation.

Car c’est bien Dieu qui,

dans le Christ,

réconciliait le monde avec lui :

il n’a pas tenu compte des fautes,

et il a déposé en nous la parole de la réconciliation.

Nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel :

nous le demandons au nom du Christ,

laissez-vous réconcilier avec Dieu. »

Après traduction

« Si donc quelqu’un est dans La Présence,

il ou elle est une créature nouvelle.

Le monde ancien s’en va,

un monde nouveau advient.

Tout cela vient de La Vie (ou de L’Énergie) :
elle nous offre la liberté de Vivre par La Présence

et elle nous donne de diffuser la liberté donnée.

Car c’est bien La Vie (ou  L’Énergie) qui,
dans La Présence

offre à tous la liberté et La Vie (ou  L’Énergie) :
La Vie ne tient pas compte des ombres(ou des failles),

et elle dépose en nous le sésame de la liberté.

Nous sommes les ambassadeurs de La Présence, et par nous c’est La Vie (ou L’Énergie) elle-même qui lance un appel :

Osons La Présence, et laissons-nous offrir la liberté de Vivre« .

Ainsi le texte était à l’origine abscons pour la grande majorité d’entre nous tous – même parmi les « initiés ».

Il est devenu une invitation à vivre au présent, à nous libérer de nos peurs et oser nous lancer dans l’expérience proposée par la session de formation pour ce jour-là.

Après un profond et long silence – et quelques joues humides, la journée s’est avérée très riche.

 

Lecture sculpture : quand le corps est le centre

8 personnes ont la chance de travailler dans un jardin en fin d’été, pieds nus dans l’herbe. Alors que le groupe déambule dans le jardin, je lis lentement, à voix haute, d’une traite, et à deux reprises, le récit appelé « Le sacrifice d’Isaac » proposé aux versets 2 à 13 du deuxième chapitre du livre biblique dit de la Genèse.

« Prends ton fils, ton unique, celui que tu chéris, Isaac, et va-t’en au pays de Moriyya, et là tu l’offriras en holocauste sur une montagne que je t’indiquerai.

Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac. Il fendit du bois pour l’holocauste, et partit pour aller au lieu que Dieu lui avait dit. Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin. Et Abraham dit à ses serviteurs : restez ici avec l’âne ; moi et le jeune homme, nous irons jusque-là pour adorer, et nous reviendrons auprès de vous. Abraham prit le bois pour l’holocauste, le chargea sur son fils Isaac, et porta dans sa main le feu et le couteau. Et ils marchèrent tous deux ensemble. Alors Isaac, parlant à Abraham, son père, dit : Mon père ! Et il répondit : Me voici, mon fils ! Isaac reprit : Voici le feu et le bois ; mais où est l’agneau pour l’holocauste ? Abraham répondit : Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau pour l’holocauste. Et ils marchèrent tous deux ensemble. Lorsqu’ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l’autel, par-dessus le bois. Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils. Alors l’ange du Seigneur l’appela des cieux, et dit : Abraham ! Abraham ! Et il répondit : Me voici ! L’ange dit : N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien ; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique.  Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes ; Abraham alla prendre le bélier, et l’offrit en holocauste à la place de son fils. » Genèse (22, 2-13)

     Les diverses approches psychothérapeutiques que j’ai eu l’occasion d’expérimenter  m’ont conduite à faire un mix avec le meilleur de plusieurs d’entre elles.

Cela m’a conduite, là encore, à élaborer une technique qui débranche le mental. Ainsi elle donne toute la latitude au corps de figurer à sa manière ce que le texte lui propose à ce moment-là. 
Là encore cette technique est accessible à toutes et tous, même aux personnes limitées dans leur corps car tant que nous sommes en vie (sauf dans certains états comateux), notre corps est capable de signifier. C’est d’ailleurs ce qu’il fait quand il nous gratte, nous donne chaud, tristesse ou joie.

        Les 8 personnes du groupe expérimentent la sculpture. Puis elles partagent ce qu’elles ont vécu.

Et elles constatent que tout s’est passé comme si le message de ce récit ce jour-là pour ce groupe était un message d’où sont absentes toute manipulation, toute peur et toute violence.

Pour ce groupe ce jour-là, le sacrifice est ce spectacle ou ce geste de confiance, de paix, d’amour.

     Le groupe a bien tenté de trouver autre chose à penser, en rapport avec les interprétations connues de ce récit. Mais il n’a pu que constater que pour lui à ce moment-là, ce récit délivre ce message de paix, confiance, amour que, sans le vouloir ni le savoir, les corps ont figuré.

     Avec cette approche des sculptures, quelles qu’en soient les variantes, c’est toujours une expérience d’incarnation. De ce fait, elle aboutit très souvent à des prises de conscience orientées vers plus de paix, plus de liberté, plus de joie.

     Cet exercice permet d’expérimenter la valeur vivifiante de se laisser aller à l’incarnation par l’attention simple et ingénue du corps. 

 

Lecture pas à pas pieds-nus

En guise d’illustration de fin de travail

À l’occasion d’une lecture du texte appelé Le Prologue de Jean dans le livre appelé Évangile de Jean, chapitre 1, versets 1 à 6 :

« Au commencement était le verbe,
et le verbe était auprès de Dieu,
et le verbe était Dieu.
Il était au commencement auprès de Dieu.
C’est par lui que tout est venu à l’existence,
et rien de ce qui s’est fait ne se fait sans lui.
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. »

Travail vécu par un. groupe de 8 personnes, certaines se sentant chrétiennes, d’autres non adhérentes à la tradition et la spiritualité bibliques et n’ayant jamais expérimenté l’approche Sésame.

À la suite du travail de recensement puis de partage de Sésame pour chaque unité de sens, le groupe dit :

« Quelle richesse tout ce partage ! « 
« Ce que dit chaque personne même si c’est différent, ça résonne en nous »
« Pas besoin d’avoir une culture, il y a de la complémentarité, pas d’opposition, c’est possible d’accueillir ce que dit l’autre. « 
« Puissance des mots …
« J’ai eu du mal à entrer et puis je suis allé vers la simplification »,
« Ça débranche l’intellect »
« J’ai été distraite par les oiseaux, ma réponse a été distraite par leur chant »
« Ce type de lecture apporte bien plus que ce dont nous avons conscience »
« C’est une responsabilité à assumer »
« Un mot de bénédiction »

Et puis, de lui-même, le groupe se laisse aller. Chacune et chacun se laisse ouvrir, comme dans une rêverie, ou comme certains diraient dans une prière d’action de grâce.

Dans le groupe présenté ci-dessus, le silence s’impose à la suite de sa lecture du  Prologue de Jean. Ce silence est entrecoupé de bribes de paroles :

« Ce passage résume tout l’Evangile et toute la Bible »
« Nous sommes un peu du Verbe »
« Rendre grâce »
« Bouleversement »
« La vraie lumière »
« Le Don de Dieu, la joie »
« Universalité, plénitude »
« Il est tout ce que nous cherchons « 
« Gratitude, « oui »
« Simplicité donnée, sagesse alors que quintessence de la foi, de la vie »
« Tellement simple et tellement immense, ça ne vient pas de Jean »
« Rythmé, comme la vie »
« Besoin de me nourrir de ça, de vous entendre dans votre foi au quotidien »
« Je trouve Dieu dans mon quotidien dans la nature »
« Je ne peux pas aller à l’église »
« C’est vraiment Dieu, ça : Dieu est à la source vraiment »
« Trouver la présence dans mon quotidien »
« Nourriture »
« Merci »